Carillonneur toulousain

Quelles sont les majeures caractéristiques d’un carillon ?

À la base, le carillon c’est quadrillon, soit quatre cloches. Aujourd’hui, un carillon s’entend à partir de 9 cloches pour Toulouse et sa région. Soit une octave sur laquelle on peut jouer toute musique. Sur 3-4 octaves pour le grand carillon. Ce qu’il y a derrière cette notion : c’est un peu comme un piano avec un clavier mais, au lieu d’avoir des cordes, vous avez des cloches qui peuvent aller jusqu’à 3, 10 tonnes voire plus. Et de la même manière que l’on ne fait pas bouger le piano pour faire vibrer les cordes, on ne secoue pas la cloche mais c’est le battant qui est dedans qui est rapproché en l’actionnant depuis le clavier.

Faut-il être musicien à la base pour devenir carillonneur ?

Il faut avoir le sens du rythme. Un peu comme pour jouer du djembé, il n’y a pas besoin d’être musicien. Pareil pour le carillon qui se transmet oralement. Bon, il y a des cassures de rythmes, un schéma reproduit, une introduction, une conclusion. C’est ce qui s’apprend.

Comment faire pour s’exercer sans déranger tout le monde !

Dans l’absolu, il existe de petits carillons d’étude avec le même clavier en bois mais au bout, au lieu d’avoir des cloches, on a des lamelles de métal ou de petites clochettes. Donc on peut avoir un clavier d’étude dans son garage mais ça ne remplace pas, quand même, le jeu du carillon où il y a une mécanique qui a son poids. Quand les cloches sonnent, elles vibrent sur cinq partiels fondamentaux et ça excite aussi les autres cloches, donc ça fait un bain sonore qu’on ne peut reproduire sur un clavier d’étude.

Au commencement, quel est le but du carillon ?

À l’origine, il faut distinguer plusieurs traditions. Dans la tradition flamande, on trouve la carillon dans le beffroi de l’hôtel de ville. Là, c’est la municipalité qui l’utilise pour ses annonces. C’est ici entièrement profane.Dans le Languedoc, Occitanie, on trouve plutôt le carillon liturgique où on le trouve plutôt dans dans les clochers. Mais en même temps, le carillon annonce les heures. L’angelus est mi-liturgique, mi-laïque parce qu’il annonce les travaux des champs. Il y a aussi le toccin ; s’il y a un incendie, on sonne le toccin et tout le monde sait pourquoi. Ou alors, quand un chef d’Etat arrive en ville, que ce soit un Duc ou un Prince, là on lance le carillon à toute volée. D’ailleurs, depuis le concordat, les cloches sont tenues de sonner lorsque le chef de l’Etat est dans la ville.

Combien reste-t-il de carillons à Toulouse ?

À Toulouse intra-muros, il y a 14 carillons, dont 3 ou 4 en état. La disparition du carillonneur, l’arrivée de l’électricité et les changements des us et coutumes, tout se tient. Moi et aucun jeune ne va se lever à 6 heures chaque jour pour aller sonner l’angelus. L’électricité le fait bien depuis 1936. L’usage se perdait et l’Eglise ayant moins de moyens, finalement, le carillon vient en dernier. On se préoccupe des fidèles, de la messe, de l’orgue quand on en a un et quand on a des sous. Donc aujourd’hui, on a des carillons débranchés, les cloches restant car les enlever demande de l’argent tandis que couper les câbles ne coûte rien. Malgré tout, il en reste jouables à Saint-Etienne électriquement dans la cathédrale, à Saint-Sernin manuellement comme à Saint-Joseph. Et il y a maintenant un renouveau : des jeunes se montent en associations comme Carillons en Pays d’Oc. On fait des actions, on parle du carillon et on arrive à en faire restaurer, à faire prendre conscience que c’est un patrimoine culturel, historique, architectural. Donc dernièrement, la Mairie de Toulouse a fait restaurer le carillon de Saint-Exupère. On a rebranché le clavier manuel et on l’a automatisé électriquement. Ainsi, je n’ai pas besoin d’y aller tout le temps mais je peux programmer par exemple des sonneries de Noël qui vont sonner toutes seules pendant trois semaines. Pendant l’été, on a sonné de petites contines pour le jardin d’enfants qui était juste à côté (Frère Jacques, Cadet Roussel…). On allie modernité et tradition.

Basilique Saint-Sernin, Toulouse (31)

Est-il possible de vivre du carillon ?

Il y a deux carillonneurs en France qui en vivent, mais ce sont des carillons du Nord. Ils vont sur de grands instruments, voyagent dans le monde et sont professeurs dans une classe de carillon. Aujourd’hui dans le Sud, il n’y a rien de tout ça.

Y a-t-il tout de même de la demande pour des événements ?

Il n’y a que trop peu de demandes. En général, on propose. On est dans la phase de proposition et de résurrection du carillon sonore dans l’espace urbain, avant de gêner les gens. Et un jour on dépassera ce cap où, effectivement, les gens demanderont. Mais on n’en est encore pas là. Il y a toujours un travail à faire. Mais on y va petit à petit car, les voisins, il faut qu’ils dorment aussi. Et ils ont envie de regarder Questions pour un Champion tranquillement.■

Merci à Bertrand Ollé d'avoir accepté l'entrevue. Le site Internet de Bertrand

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