Le bandonéon

Nous rencontrons Vincent qui joue du bandonéon assis sur un banc du jardin de Compans-Cafarelli à Toulouse (31). Passionné, il accepte l'interview.

Tu es bandonéoniste ?

Oui, enfin, j’essaie.
Ca fait à peu près six mois.

Qu’est-ce qui t’a amené au bandonéon ?

C’est via un film que j’ai vu il y a six mois, qui s’appelle Le bandonéon. C’est un documentaire qui retrace le parcours d’un joueur de bandonéon hollandais, sur les traces des grands bandonéonistes de l’âge d’or du tango. Il est allé rencontrer ces gens-là en Argentine. Et en regardant ce documentaire, ça m’a intéressé et donné envie d’en savoir plus sur cet instrument.

Quels sont les grands noms du bandonéon ?

Certainement le musicien le plus connu est Astor Piazolla mais c’était déjà plus tard. Les grands bandonéonistes de l’âge d’or du tango, dans les années 1 930-40, sont Aníbal Troilo, Barletta, Rivero... qui ont batti tout un répertoire de tango basé sur le bandonéon.

Le bandonéon est devenu l’instrument du tango ?

C’est l’instrument du tango mais c’est aussi le tango qui a sauvé le bandonéon parce que c’est en Argentine que le bandonéon a continué d’être vendu, via le tango. Sinon, c’est instrument qui aurait disparu. Avant le bandonéon, on jouait le tango surtout à la flûte et à la guitare. Le bandonéon a tout de suite plu car cet un instrument avec un son un peu mélancolique, il y a des soupires, ça fait du bruit. I l correspondait bien avec l’état d’esprit des immigrants d’Argentine.

Vincent nous joue un air :

Parce qu’il est né en Allemagne au milieu du XIXe siècle.

Oui, c’est un instrument typiquement folklorique au départ. Il y avait deux villages à la frontière de l’Allemagne et de la Tchéquie, qui ont développé cet instrument-là. Il y a eu plusieurs versions mais à l’origine c’était un instrument beaucoup plus petit qui s’appelait concertina qui était un instrument assez simple à jouer pour que les gens sans connaissance musicale fasse de la musique le dimanche à la fête du village. Et puis donc, certains vendeurs comme Monsieur Band, qui ont commencé à trafiquer ces instruments assez simples pour augmenter le nombre de notes. Au départ, il y avait moins de soixante notes puis c’est monté à quatre-vingt, il y a eu des modèles à cent dix notes. Le modèle le plus vendu a cent quarante-deux notes.

Est-ce qu’il y a plusieurs sortes de bandonéons ?

Oui, l’instrument qui a été utilisé en Argentine est une des premières versions qui a été développée.
Ensuite, il y a eu en Allemagne d’autres versions un peu plus logiques on va dire, plus facile à jouer. Mais les argentins n’ont pas accepté cette dernière, ils ont conservé un des modèles qui s’appelle « Rheinische Tonlage » (Cent quarante-deux notes) qui est devenu un instrument typiquement argentin.

Dans l’harmonica, par exemple, il y a des formes chromatiques et diatoniques. Et dans le bandonéon ?

À l’origine, les bandonéons sont diatoniques. Quand on tire et qu’on pousse en appuyant sur la même touche, ça donne un son différent. La majeure partie de la production de bandonéons est diatonique. Il y a une exception qui est propre à la France, c’est que, quand le tango a eu un certain succès en Europe, les
accordéonistes français – qui jouent donc d’un instrument unisonore (quand on tire ou pousse en sélectionnant la même touche, le son produit est le même) – ont demandé à ce que soit développé un bandonéon unisonore pour qu’ils puissent apprendre plus vite. I l y a eu une petite série, environ entre 1 925 et 1 935, qui a été développée sur la demande de Louis Péguri, qui est uni-sonore. C’est basé sur la répartition des note de l’accordéon à droite, et à gauche c’est assez similaire à tous les autres bandonéons.

Quelles sont les différences entre un accordéon et un bandonéon ?

C’est surtout à la main gauche. I l y a des accords tout faits sur l’accordéon quand on appuie sur une touche.
Alors que sur le bandonéon, on est obligé de former l’accord, comme sur un piano, en appuyant sur trois touches par exemple. C’est plus difficile d’un point de vue technique pour la main gauche mais cela donne bien plus de possibilités, il y a toutes les possibilités d’un piano pour l’accompagnement. D’ailleurs, je joue
sur des partitions de piano.

Oui, comment sont les partitions pour bandonéon ?

Comme pour le piano, l’accordéon. . . il y a deux portées : main droite, main gauche. Mais cela c’est établi peu à peu parce qu’au départ les bandonéons, qui était un instrument folklorique pour des personnes ne connaissant pas la musique qui avaient leur propre système de notation. Donc, on peut voir sur chaque touche un numéro, et les chansons connues étaient retranscrites sous forme de numéros.
Donc les gens appuyaient sur la touche «1 5»,«00»... sans avoir à connaître le solfège. On va retrouver ce système sur tous les bandonéons, même si ça n’a plus d’utilité très vite.

Pourrais-tu nous décrire ton bandonéon ?

I l y a deux claviers : 38 touches à droite, 33 touches à gauche ; un soufflet, d’environ 90 centimètres quand on l’ouvre en grand, en peau de chèvre. Si on l’ouvre, il y a de la mécanique tout en bois. Ce sont des anches qui produisent le son, montées sur des plaques de zinc. Il y a a deux anches qui vibrent par
touche : les son et son octave, ce qui donne ce son propre au bandonéon.

 

D’où vient ton bandonéon ?

Il vient d’Argentine, on peut le voir au tampon car, à chaque fois qu’un accordeur a accordé un instrument, il met son tampon. On peut voir que mon bandonéon est passé à Mendoza, c’est à mille kilomètres de Buenos Aires. Mais à l’origine, il venait d’Allemagne. C’est un instrument de 1 936. Le savoir-faire s’est perdu pendant la guerre.

L’apprentissage est-il difficile ?

Oui, il n’y a aucune logique dans la répartition des notes, il faut les apprendre par cœur. Il y a quatre claviers à connaître : tirant à droite, tirant à gauche, poussant à droite, poussant à gauche. Mais on se rend compte que c’est un instrument inventé pour le folklore car si l’on pose ses doigts simplement sur les touches, les accords qui en résultent sont assez harmonieux.â– 

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